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Molière à l'honneur au CiMF PDF Imprimer Envoyer
Jeudi, 25 Mars 2010 13:07

Les jeudi 25 et vendredi 26 mars, les élèves du Parascolaire du CiMF présentent Don Juan, la première pièce d’une trilogie de Molière, adaptée et mise en scène par Julien Blais. Cette représentation sera suivie les 13, 14 et 15 mai avec Le Bourgeois gentilhomme et les 27 et 28 mai avec Les Fourberies de Scapin.

 « Molière est sans doute l’homme qui aura le plus marqué le théâtre français. J’ai choisi de le mettre à l’honneur pour souligner les 70 ans de Marie de France. Mettre en scène une comédie de Molière est ardu, et Don Juan un défi. Le texte, écrit en proses, est énergique et nerveux, et je m’amuse à y actualiser le jeu de la comédie », explique Julien.

Don Juan est un drame par son dénouement, mais appartient au  registre comique par son texte.   Cette pièce est une réflexion sur le libertinage et ses excès. Molière, adepte de la libre-pensée, s'attaque avec le personnage de Don Juan à l'hypocrisie, sous toutes ses formes, tant celle du dévot que celle du libertin.

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 « Don Juan est un changement par rapport aux précédentes comédies. L’acteur principal n’est plus ridicule, et il est pratiquement continuellement en scène. Mais Don Juan, c’est surtout une idée que je vois comme appartenant par certains côtés à chacun de nous. Pour l’illustrer, il est interprété par 4 acteurs, 2 filles et 2 garçons. D’ailleurs, les Monsieur et Madame sont coupés dans les répliques. »  

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La multiplication du héros met l’emphase sur le séducteur cynique refusant la morale, le libertin d’idée, prêt à défier toutes les règles. Les doubles personnages de Sganarelle exacerbent les deux facettes du serviteur, le dévoué et le moralisateur. 

Dans la pièce, la réalité s’unit à la magie, voire l’onirisme, suggérée par un jeu contrasté de lumières, de musiques, de voix, et de chorégraphies.

Le costume révèle le rôle des acteurs et mélange les genres et les époques. Les Don Juan sont vêtus de blanc et noir : l’habit noir au masculin, le corset dentelle au féminin s’affichent. Les mains des acteurs enrubannées de satin évoquent l’ordre établi. Un voile de tulle façonné souligne l’époque grand-siècle. 

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« Avec les jeunes, nous avons consacré plusieurs répétitions à parler du thème,  ce qui a suscité de nombreuses réflexions. Elles ont inspiré des situations, l’interprétation des personnages et les mouvements de scène. »

Le marathon des répétitions de Don Juan a débuté ce dimanche. Dès le matin dans l’auditorium, commence le ballet du chassé-croisé des décors. Mme Corvellec et Julien Blais dirigent les opérations. Bientôt, sur la scène, une très grande table blanche flanquée de deux chaises rouges remplace le décor plus classique d’Octavie. Il apparaît rapidement que sera joué un Don Juan moderne dans un décor dépouillé. De grands rubans blancs, illustrés de pensées de Don Juan, descendent vers la scène symbolisant son esprit libre, que celui-ci bouscule nerveusement dans l’acte V. Les grilles de part et d’autre de la scène suggèrent la société de l’époque. Les personnages y apparaissent par des trappes, symbole du carcan de cette société.

« En place, il nous reste beaucoup de mise au point et seulement trois jours », lance Julien derrière son pupitre, assisté à la technique par une ancienne élève, Victoria Malenfant.

La comédie débute légère, les tableaux sont rapides.

Les quatre Don Juan, les deux Sganarelle s’approprient leur personnage. Ils dominent la scène. Assis, debout sur la table, les Don Juan symbolisent-ils la défiance de l’ordre établi? Quant aux deux Sganarelle, sur « le plancher des vaches » de part et d’autre, l’un en serviteur fidèle, l’autre récalcitrant, plus moralisateur, serait-il apparenté à la conscience humaine?

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S’enchaîne le ballet de nouveaux personnages qui entrent et sortent sans jamais revenir.   « Anne Hélène (la paysanne), ar-ti-cu-le! » dit Julien en décomposant les syllabes, « et regarde toujours face à nous. »

« Je-eu… »

«Tu dois savoir ta réplique Yacine. Ton Don Juan doit connaître son texte. »

Puis progressivement, la pression des Don Juan augmente. 

« Il y a un jeu d’acteurs là! Où sont les sirènes? »

La musique, le jeu des acteurs se font plus pesants, les répliques plus oppressantes, les expressions plus contraignantes, voire impératives, accompagnées de mouvements de lumière, tonnerre et chant. 

« Faites monter l’émotion, on doit sentir la pression sur vos visages. Vous devez faire sentir que vous vous battez contre des forces », relève Julien.

Finalement, ne trouve-t-on pas dans ce héros rebelle rempli de vices, qui lève le masque sur la pression morale, quelque chose de séduisant authentique ? Admirable jusque dans l’affrontement avec la mort.

Bravo à la troupe du parascolaire du CiMF. Ces étudiants déjà aguerris dans l’art de la scène relèvent le défi de jouer un des chefs-d'œuvre de Molière et nous offrent avec beaucoup de panache un Don Juan d’une éternelle jeunesse.

 

L'équipe du Parents Info

Photos: Vahé Kassardjian